va et viens

voilà ma maladie honteuse et aussi mon placébo



Backward

“la peur au ventre, la peur comme seule amie, l’angoisse comme un serpent autour du cou. Elle à qui j’avoue tous les maux, sans restriction aucune. Elle et moi sommes devenues inséparables.”

— Iris

“J’ai peur du choc de la sensation qui bondit sur moi parce que je ne peux pas la traiter comme vous le faites - je ne peux pas fondre l’instant dans l’instant qui suit. Pour moi ils sont tous violents, tous distincts […]. Je n’ai pas de but en vue. Je ne sais pas relier les minutes aux minutes et les heures aux heures, les dissoudre par une force naturelle pour composer la masse pleine et indivisible que vous appelez la vie.”

— Virginia Woolf, Les Vagues
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Jonathan Allmaier

“Plus j’approchais Saint Anne plus j’avais le cœur en dégringole. Le corps à ouvert les vannes, et c’était s’asseoir quelque part à tout pris pour masquer, cacher les larmes. Et ça ne sert à rien d’être dans un bar et de boire une bière et d’être en larmes. Dans les larmes. Et j’étais à Saint Anne en fait, perdue dans sa grandeur, emportée par son chagrin. Le chagrin de Saint Anne devenait le mien. Et la je suis ici, dans cette prison d’éternité, à attendre dix heures du matin pour partir, la solitude s’assied sur moi. Alors ça fait quoi de se retrouver parmi les fous? Les dégénérés? Et puis j’espère que t’as mangé. D’ailleurs, t’as mangé quoi? Ah oui, un grand bol d’air, c’est ça. Mais moi j’attends de voir la fatigue creuser mes reins tu vois, creuser mon visage, me creuser, la fatigue, enfin, la faim. Tellement la ressentir qu’elle finit par disparaître, c’est comme les autres, tellement proches de toi puis te filent la nausée, te submergent et t’abandonnent. Chez moi il n’y a pas de demi-mesure, il n’y a que des silences ou des cris, que des absents ou des serpents, que des espaces vides ou des trop pleins insoutenables. D’ailleurs la notion d’espace m’est devenue insaisissable, ou bien il se transforme en désir illimité, ou il devient intolérable, endroit brûlé. Espace, rupture, creux, désert, vide, autant de mots qui me forment et me déforment, me définissent et m’enferment, la cage, c’est ça, depuis toujours. Ce n’est rien d’autre. L’odeur des corps sur le pull lavande est restée, elle évoque encore des visages et des voix, mais pas de prénoms. Elle évoque les histoires racontées qui s’oublient et se perdent dans la cohorte, mais qui reviennent toujours comme les choses de passage, brèves mais inscrites, profondément imprégnées, comme cette femme croisée sur un trottoir à Glacière et qui dégage ce boisé féminin. Inoubliable peinture rupestre sur la parois des sens, de la mémoire, de la vie en dedans. Il n’y a que bile et angoisse, et puis tu oublies le besoin et puis le désir et puis plus rien, tu n’es qu’oubli puisque tu ne supportes plus rien, les va et viens, les quais de gare, l’attente auprès des autres, après les autres, après un café, après un train, après l’autre. Attendre. Ça ne sert à rien, tu réalises ? Je veux dire, l’attente fait languir, fait rester quand tu pourrais partir, que tu pourrais aller ailleurs, voir par la-bas, ce qu’il s’y passe, dans cet endroit encore vierge de toi. Ah oui, quand ça ne sera plus le cas, ça deviendra insupportable, alors il faudra attendre après quelqu’un d’autre, attendre l’autre qui n’est pas encore venu. Attendre encore. Ma pauvre, tu essaies encore de palper l’invisible, d’en détenir le secret, on t’a pas dis que tu passais ta vie à courir après du vent ? Que tu perdais ton temps ? Ah, tu le sais ? Alors, pourquoi tu le fais ? Pourquoi tu t’arrêtes pas la, et puis merde, pourquoi t’as pas de limites, tu sais pas t’arrêter ? Non, t’attends qu’ils te remplissent, te prennent jusqu’à la douleur, jusqu’à la brûlure, jusqu’à la blessure et qu’ils ne puissent plus supporter d’être en toi qui ne te supporte pas, qui n’apprécie rien, qui n’a pas d’amour. Si j’avais les belles phrases j’en utiliserais tous les termes. Elles sont mortes dans la nuit, la veille après le passage au Java, après le vagabondage tout le long du Canal-Saint-Martin, après le café à Faubourg-du-Temple, après le Wanderlust, après le première train, après la folie du matin, celle qu’on regrette et qui finit dans les chiottes et qui pourrait nous laisser pour morte.”

— Iris